Nicolas Ferras : « la Foodtech est bouillonnante ! »

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« La foodtech est bouillonnante ! »

Aujourd’hui nous partons à la rencontre de Nicolas Ferras, Directeur du fonds InVivo Invest. En novembre 2016, InVivo, premier groupe coopératif agricole français, annonce la création de son propre fonds d’investissement. L’objectif ? Détecter et accompagner les startups FoodTech et AgTech mais aussi leur ouvrir les portes des marchés agricoles et agroalimentaires. Forcément, nous avons voulu en savoir plus ! La création de ce fonds permet aussi d’accompagner la transformation digitale de l’ensemble des métiers du groupe. La première prise de participation est allée début janvier à la startup nantaise 10-Vins créée en 2012.

Quels sont les critères retenus par Invivo Invest pour sélectionner les startups qui peuvent bénéficier du fonds à disposition ?

InVivo Invest a pour mission de faire bénéficier les start-up sélectionnées de la puissance du réseau InVivo, d’accompagner la montée en puissance de leurs projets et de leur ouvrir les portes des marchés agricoles et agroalimentaires ; elles sont donc systématiquement soutenues par un des trois métiers suivants du Groupe : InVivo Agriculture, InVivo Retail ou InVivo Wine. Nos critères sont donc liés à cette organisation : un effet de synergie (technique et/ou commercial) avec une de nos filiales, un caractère innovant du projet pour nos marchés actuels et futurs, et surtout que les équipes métiers et start-up aient envie de collaborer ensemble.

Quelles sont exactement les activités proposées par le studio agro-digital ?

La vocation du studio agro-digital est d’identifier, d’incuber, et d’accélérer les projets internes des métiers d’InVivo, ainsi que ceux de nos partenaires, clients des différentes filiales d’InVivo agriculture, et de quelques start-up à forte intensité digitale. Il met à disposition des porteurs de projets un lieu de fertilisation avec des data scientist, des designers, et des chefs de projet Innovation, afin d’accompagner chaque projet à ses différents stades de maturation, de l’idéation au POC (Proof Of Concept, NDLR).

Qui sont les premières startups à l’avoir intégré (ou qui seront-elles)? 

Le Studio est en cours de lancement, les premiers dossiers sont à l’étude, réponse dans quelques semaines.

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©Invivo Invest

Comment Invivo Invest se distingue d’autres fonds d’investissement ?

InVivo Invest est un fonds privé d’investissement early-stage, pour les métiers de l’Agtech, Foodtech, et Winetech. Le financement early-stage dans ces métiers existe peu voire pas, et ceci est une de nos caractéristiques, de pouvoir accompagner un projet même ante création. Les startups de l’agro sont agro avant d’être startups ! le temps et les multiples sont différents (et un coaching différent est nécessaire).  L’autre caractère différenciant de notre fonds est d’être adossé à nos métiers business. Tout accompagnement de startup sera sponsorisé par une filiale qui l’appuiera soit sur une accélération technique & marketing par nos experts et nos partenaires (R&D, pôles de compétitivité…), soit sur la mise en marché par nos filiales dédiées suivant la thématique ( Smag, Bioline, Semences de France, Néodis…). InVivo aujourd’hui c’est plus de 31 pays dans le monde, 1 agriculteur sur 2 et 25% de part de marché en jardineries en France. Voici la dernière des opportunités offertes, accéder à ce réseau de distribution leader.

InVivo Invest vient en complément des autres fonds du marché grâce à notre thématisation et notre expertise pour faire du co -investissement et ainsi sécuriser nos partenaires co-investisseurs en apportant la crédibilité métier.

Quelles sont les principales craintes des entreprises qui pourraient faire appel aux fonds d’investissement en général et comment levez-vous ces freins ?

Plutôt que de parler de freins, je pense qu’il faut insister sur la plus-value que nous apportons. Plus qu’un apport en capital, nous apportons à la startup « un booster » de son Business Plan par nos filiales de mise en marché et nos réseaux de distribution, mais aussi une « assurance » sur la concrétisation de son projet grâce à nos experts. Cet apport plait fortement à nos fonds partenaires (typés financiers) avec qui nous pouvons intervenir sur un tour de table où nous apportons la connaissance métier et marché. Une distribution par une de nos filiales de mise en marché spécialisée est un outil pour rassurer les financeurs associés, une sécurisation de l’accompagnement post POC, une assurance des débouchés et une validation du Business Plan.

Dans l’Express Entreprise, Jean de la Rochebrochard, associé au fonds d’investissement Kima Ventures, déclare « Aujourd’hui, plus personne ne veut investir dans une boîte comme Take Eat Easy. Mettre des billes dans de la livraison de repas? On ne veut même plus en entendre parler. » Etes vous d’accord avec ce constat ? Pourquoi ?

Nous ne sommes pas experts du dossier, et sans connaitre l’ensemble des tenants et aboutissants il est difficile de faire des conclusions. Ce qui est sûr c’est que le financement de l’innovation est une prise de risque. Par notre modèle d’allier un fonds à nos métiers nous tentons de le diminuer en nous engageant vers des dossiers que nous maîtrisons et où nous pouvons avoir un apport dans la réussite. Après comme toutes tendances, il y a des thématiques plus mises en avant, notre rôle est d’identifier le bon projet, avec la bonne équipe suivant les contraintes du marché, ceci fait partie de nos savoir-faire liés à notre historique sur ces marchés.

Que répondez vous à ceux qui voient dans la Foodtech une bulle ?

L’innovation n’a rien de nouveau, elle existe depuis des décennies dans les TPE, PME et Grand groupe. Une bulle est basée sur un ensemble d’hypothèses non contrôlées.

Ce qui est nouveau est de mettre la démarche entrepreneuriale en lumière et de « mieux » valoriser la prise d’initiative. Concernant la Foodtech, comme toutes les autres thématiques, les bons projets se développeront, les autres s’arrêteront. La foodtech est basée sur des faits réels : le besoin de traçabilité, les coûts de transport en croissance, les besoins en nourriture en hausse parallèlement à la démographie, la perte de terrains agricoles, les gains de productivité en moindre progression, les différences Nord-Sud, … L’objectif est donc d’avoir une visibilité très claire du potentiel dès le début. Ceci est le cœur de notre démarche, grâce à notre réseau de partenaires accélérateurs (Bic de Montpellier, Accelerise…), de financement early-stage de l’innovation (Créalia…), nous permettant l’accompagnement du projet dès sa création jusqu’à son développement à travers nos réseaux de distribution. La foodtech est plutôt en retard en terme de dynamique même si sur les derniers mois ceci s’accélère, l’avenir de la bulle dépendra du professionnalisme des intervenants qui la développent.

Comment voyez vous évoluer le marché Foodtech en général dans 5 à 10 ans ?

Nous voyons déjà poindre de grandes tendances notamment liées à une vie de plus en plus urbaine à la recherche de naturalité, plus connectée, plus qualitative. C’est notamment pour cela que nous accompagnons la startup 10-vins qui réinvente le moment de consommation du vin : au verre, sans préparation, intégrant la transparence avec celui qui a fait le produit. Les circuits courts et la digitalisation de la relation producteur/consommateur sont une thématique qui nous parait essentielle notamment en lien avec notre concept de distribution locavore « Frais d’ici ». Le « fait maison », produire ses aromates, tomates dans sa cuisine par l’hydroponie, s’approvisionner dans des fermes urbaines en bas de sa rue sera aussi une grande tendance. Finalement le sujet de fond le plus important est centré sur les protéines alternatives, et les nouveaux ingrédients. Par la croissance de population exponentielle, les comportements alimentaires à faire évoluer, le végétal et ses dérivés auront une place incontournable, une belle opportunité pour nos agriculteurs !

Quels sont les défis de l’agtech pour les années à venir ?

Produire plus, produire mieux, tout en facilitant le travail de nos agriculteurs et garantissant la quantité et la qualité des produits à nos agriculteurs. Un beau projet de société, où des startups ont commencé cette révolution, par exemple notre filiale SMAG, et où des projets structurels comme « les 1000 fermes numériques » donneront les outils pour bâtir cette agriculture de demain.

Quels conseils donneriez vous à des startups FoodTech en recherche d’investissement ?

Le financement est une chose fondamentale, mais la mise en marché l’est tout aussi. Nous sommes sur des startup du vivant, une plante n’est pas une ligne de code, le POC est long et demande des investissements forts. Ceci implique donc des partenaires dans la durée pour que la startup se focalise sur son projet et pas sur une recherche perpétuelle de moyens. Le marché Foodtech est structuré par des grands acteurs mondiaux : il faudra là aussi réussir la pénétration, et l’alliance avec des filiales de mise en marché nous parait véritablement fondamentale pour assurer une scalabilité. Tout ceci existe, il ne reste qu’à mettre les moyens en face des bons projets, et nous sommes là pour cela ! La foodtech est bouillonnante !

 

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