[Parole d’Expert] Cyril Garnier, DG SNCF Développement

cyril-garnier-foodtech

« La Food, tech ou pas, représente bien plus de 10% de tout notre portefeuille »

 

C’est Cyril Garnier, Directeur Général de SNCF Développement qui inaugure la rubrique Parole d’Expert ! Passionné de FoodTech et plus généralement par l’écosystème startups, il livre régulièrement son analyse du marché.

SNCF Développement est une filiale de soutien à l’entrepreneuriat de la SNCF. Depuis 5 ans, ses équipes sillonnent la France à la recherche de jeunes pousses vouées à créer de l’emploi et à redynamiser le territoire sur lequel elles sont implantées, souvent marqué par un contexte économique difficile. En 5 ans d’existence, l’entreprise a déjà vu Mesagraph, sur laquelle elle avait misé, se faire racheter par Twitter et plusieurs de ses startups se développer à l’international. En 2017, l’objectif est d’accompagner 100 nouvelles pousses. Peut-être en ferez-vous partie ?

Bonjour Cyril, vous êtes Directeur Général chez SNCF Développement et vous portez une attention particulière à l’évolution du marché FoodTech. D’où vient cet intérêt ?

Le secteur de la restauration, mais aussi de toute la nourriture en général est une composante majeure de l’emploi en France. De plus la food fait partie du terroir, de l’histoire, de l’ADN de nos territoires. Le secteur de la food tech, associe donc le Made In France de nos terroirs, des perspectives d’emplois mais aussi par le coté Tech une multitude de nouvelles activités, donc d’opportunités. En plus, c’est très clairement un secteur qu’il est toujours plaisant de tester et de découvrir !

Les startups FoodTech ont-elles leur place dans le programme SNCF Développement et pourquoi ?

Oui, depuis longtemps. Nous soutenons des bouchers, des boulangers, des restaurants, des éleveurs d’escargots, des commerces alimentaires « traditionnels ». La vague d’innovations dans ce secteur a fait émerger de nouvelles propositions de valeur, aussi des startups « foodtech », telles que Digifood, Popchef, Youorder, ou encore Jimini’s ou Phenix sont venues naturellement enrichir notre portefeuille ! La Food, tech ou pas, représente bien plus de 10% de tout notre portefeuille.

La FoodTech dispose de nombreux créneaux sur lesquels se positionner (delivery, économie solidaire, high tech) quels sont ceux qui intéressent particulièrement SNCF Développement ?

Nous sommes partis trop tôt avec une startup de pur delivery, et nous avons « bu le bouillon »… Ce secteur est devenu ultra concurrentiel et sera phagocyté par des gros et très gros (Uber, Amazon …). Nous préférons des business plus intégrés (restauration plus livraison comme PopChef ou LabelleVie, ou insecte plus production d’insectes comme Entomo Farm), gage de plus de sécurisation de l’emploi. Nous adorons les projets qui s’appuient sur la proximité, les circuits courts, ou le recyclage et la réutilisation comme TakeAway et Phenix, projets qui sont de fait dans le domaine de l’économie sociale et solidaire. Les solutions technologiques dédiées à la digitalisation de la food (Tiller, Spot & Charge et Digifood par exemple) nous intéressent aussi, nous et nos collègues des Gares et de la restauration à bord des trains bien sûr.

On sait que vous aimez beaucoup suivre l’actu du marché delivery, alors petit exercice de prospective : dans 10 ans, à quoi ressemblera-t-il ?

Si on regarde l’histoire de Michel et Augustin, l’évolution d’AlloResto (devenu Just Eat), les investissements des leaders historiques de la CHR comme Elior et Sodexho dans de nombreuses startups, on peut craindre que les petits soient de toutes façons mangés par des gros. Le marché du delivery et de la food tech est un marché en vrai, avec des vélos, des coursiers, des aliments, des cuisines, donc avec des coûts, des contraintes d’exploitation, des contraintes légales importantes, qui font qu’il paraît très difficile pour un petit de pouvoir grandir et rester indépendant. Par contre des ruptures pourraient venir chambouler les acteurs en présence :
Les véhicules de livraison autonomes qui, même s’ils demandent des capitaux importants feront fortement baisser le prix « du coup de frein », et l’économie collaborative pourraient changer la donne. Le Blablacar de la food reste à inventer et on peut donc espérer dans 10 ans, un mix de delivery associant du véhicule autonome, et du crowdshipping. L’impression alimentaire 3D reste une rupture à surveiller…
Quelles que soient les ruptures, on risque de retrouver dans 10 ans de gros acteurs déjà gros aujourd’hui.

Vous plébiscitez la diversification (« Il est génial de pouvoir présenter à notre couple de boulangers qui va bientôt créer sa sixième boulangerie, soit 60 emplois, des outils de la Food Tech […] ») Comment faire travailler ensemble ce couple de boulangers et une startup FoodTech ?

En fait, l’enjeu est bien d’accompagner toute la digitalisation des activités et commerces traditionnels. Il n’y a pas des emplois d’hier qui vont tous disparaître et des nouveaux emplois qui vont tout remplacer. Une grande partie des emplois vont devoir muter, avec des caisses digitales chez le boulanger qui permettent de faire de la promotion via les réseaux sociaux, des nouvelles formes de restaurations collectives qui proposeront de la livraison. La seule méthode que nous pratiquons est de confronter les deux mondes, les faire se rencontrer, faire tomber les barrières géographiques, culturelles entre les patrons d’activités traditionnelles, et les patrons proposant les solutions de demain. Ensuite, l’intelligence et le sens des affaires prennent le relais.

Quel regard gardez vous sur les startups que vous avez accompagnées et qui ont pris leur envol aujourd’hui ?

Disons que pour l’instant on attend qu’elles prennent leur envol… Donc sauf quelques rares exceptions, nous avons toujours un regard sur elles…C’est l’enjeu 2017 d’avoir une partie de notre portefeuille qui bascule de startup à scale-up…

Quels sont les critères essentiels à avoir pour une startup FoodTech qui voudrait intégrer le programme SNCF Développement ?

Alors, avoir une véritable perspective de création d’emploi en France reste le critère clé. Ensuite, il va falloir avoir une proposition de valeur différenciante, ce qui n’est pas le plus simple. De nombreux candidats se pensent seuls et premiers sur leur innovation … Alors que nous avons déjà croisés parfois 5 à 6 startups exactement sur le même créneau… Il me semble que c’est sur cet aspect que nous vigilerons particulièrement en 2017. La capacité à délivrer sera aussi une condition essentielle.


Pour découvrir SNCF Développement : www.sncf-developpement.fr

Pour intégrer le programme Jeunes Pousses : www.sncf-developpement.fr/entrepreneurs/integrer-notre-programme/

Pour contacter Cyril Garnier : https://www.linkedin.com/in/cyril-garnier-89697b1/fr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *